Le point de départ de mon travail se situe au dehors. Observer, marcher, dialoguer... sortir de l’atelier.
Mon terrain de jeu est vaste : l’espace public et ceux qui l’habite.
Je réfléchie sur les interactions qu’entretiennent le territoire et ses usagers.
Sensible aux mouvements, flux et déplacements, je suis aux aguets.

Ensuite retour à l’atelier, au carnet et à la matière : déplacer une forme, marquer un passage, détourner un usage. Il s'agit de mettre en place un protocole pour investir une place de parking, un magasin ou tout un quartier pour quelques jours ou quelques mois.
J'utilise l’espace urbain comme un immense laboratoire afin d’en faire émerger les singularités.
L’espace n’est jamais une évidence, je le questionne, que ce soit un espace d’exposition ou la rue.

Travailler l’imperceptible, donner de l’intérêt aux choses et lieux délaissés: lorsque que je réordonne méthodiquement les encombrants abandonnés dans la ville ou lorsque je m’intéresse à une benne de chantier et son contenu.

Je suis souvent attirée par les zones périphériques, prioritaires, friches, frontières. Des territoires dit «sensibles». Espaces précaires auxquels j’attribue
une fonction plus définie pour changer leur statut.

J’aime travailler là où on ne m’attend pas. Cette pratique dite contextuelle, me permet de rencontrer les usagers d’un lieu et d'instaurer un dialogue: les habitants d’un quartier, les ouvriers d’une carrière, les enfants d’un terrain de foot.
Le fait d’intégrer une pratique artistique entre l’atelier et la rue pose la question du public, de l’œuvre et de sa visibilité, du statut de l’art et de l’artiste.

Quand je peins un trait bleu d’1 km sur une allée piétonne, les gens sont intrigués et me questionnent sur ma présence et ma pratique.
Ces rencontres sont essentielles : elles permettent l’échange, la confrontation.
Ma démarche ne dissocie pas l'art et la vie tant est forte la symbiose entre ces deux dimensions.

J'utilise des objets ou formes du quotidien reconnaissable par tout le monde : un tapis, un ballon de football, une canne, une tache d’huile... Ces objets transformés, déplacés acquièrent une autre présence, une réalité nouvelle: un immeuble vidé de ses habitants qui reprend vie avec des tapis volants installés aux fenêtres en est un exemple.

Abîmé, récupéré, cassé, mon travail est voué à disparaître. Les installations sont volontairement éphémères. Mais comment les archiver? Leurs donner une forme hors contexte et dans le temps ?
J'utilise pour cela des médiums multiples : édition, vidéo, céramique, installation sculpturale, affichage, photographie, texte, vidéo...