L'îlot des Abandonnés
moulage en résine d'une pierre de Porphyre, pigments, structure d’échafaudage, poids, cordelette
340 X 560 X 240
2011
Œuvre co-produite par l'ISELP
Parc Egmont, Bxl

projet initial non réalisé faute de moyens techniques

L’îlot des abandonnés ou le pays de nulle part

Le travail de Marion Fabien s’inscrit depuis la fin de ses études dans un contexte urbain. Au gré de ses errances, l’artiste déplace, photographie, agence et reformule des artefacts urbains. Elle les interroge et en révèle leur potentiel sculptural. Elle s’empare des aménagements urbains, les détourne de leur fonction initiale pour en donner une nouvelle lecture, pour les associer temporairement à une nouvelle relation à l’espace. Marion Fabien creuse, trace, ouvre des nouvelles voies d’expérimentation en phase avec le monde qui l’entoure.

L’œuvre réalisée pour le parc établit un lien narratif avec la sculpture de Peter Pan. Le titre L’îlot des abandonnés choisit par l’artiste renvoie à un rocher situé près de la lagune aux sirènes de Neverland. Disparaissant à marée haute, l’îlot devient un danger pour les enfants qui s’y aventurent à mauvaise heure. Il est aussi le rocher menaçant où les enfants pas sages seront punis.

Pour Marion Fabien, l’îlot des abandonnés est un rocher suspendu, entravé par un échafaudage. Le fac-similé en résine du rocher caverneux est un archétype aux multiples références. Il est le lieu de la connaissance éprouvée du réel, le souterrain des pensées, le piédestal du poète tourmenté par sa vulnérabilité face au monde. Dans une lecture plus actuelle, l’îlot des abandonnés incarne le lieu des laissés-pour-compte, Le Pays de Nulle part mais loin de celui écrit par Sir James Matthew Barrie où tout est parfait. Ceux qui le peuplent sont des résidents de la violence, des condamnés du manque, des immergés de l’impuissance accrochés dans le vide.

D’un point de vue plastique, l’artiste met en relation des objets dont les charges évocatrices sont diamétralement opposées. Le rocher, gisant naturellement au sol, extrait du monde minéral est maintenu en hauteur par une construction métallique temporaire destinée à édifier. Dans la verticalité, Marion Fabien force la rencontre du minéral ou plutôt de sa représentation avec le fonctionnel; de l’objet poétique et de l’objet utilitaire industriel. Point d’équilibre précaire qui interroge la monumentalité, le transitoire et le potentiel imaginaire du public face à l’œuvre.

Anne-Esther Henao