Ponctuations plastiques de l’espace public selon Marion Fabien Marion Fabien est plasticienne. Au cours de ses études à La Cambre déjà, le confinement du travail en atelier la chipote. Elle souhaite sortir des murs, investir l’espace extérieur. Évoluer dans le circuit fermé et circonscrit de l’école, très peu pour elle. Son inspiration, elle la puise dans le mouvement des gens au cœur du paysage urbain qu’elle connaît bien. Dans l’espace public. Par souci d’économie et par envie aussi, elle travaille avec les matériaux qu’elle trouve dans la rue, en réorganisant les encombrants par exemple. En plus du grand sentiment de liberté que cette démarche procure, elle lui permet aussi de rencontrer les gens. Ce principe fondateur oriente son approche de la création depuis lors. Un art qui s’inscrit dans le flux de la vie La vision de Marion sur l’art contemporain ? Il lui apparaît désincarné et hermétique pour la plupart des gens. Voilà pourquoi elle cherche continuellement à explorer des territoires, à créer en lien avec le terrain, à partir d’éléments simples, bruts et en prenant le temps d’apprivoiser le petit monde qu’elle souhaite explorer. Dans son processus de création, elle prend énormément de temps à observer avant d’agir, pour intégrer chaque élément du décor en connaissance de cause. Cela l’amène souvent à faire connaître aux passants, aux habitants du lieu l’objectif qu’elle poursuit dans son travail. Lors des résidences qu’elle fait, comme ce fut le cas avec Monumenta (voir encadré), elle passe le plus clair de son temps sur le terrain, un carnet dans la poche et dans la rencontre systématique avec les habitants. Elle assure des permanences dans des associations pour écouter les gens et leur expliquer son approche du travail artistique. Elle fait appel à la mémoire collective. Elle fouille les archives de la ville, du quartier. Elle reconstitue minutieusement le puzzle des données du territoire exploré. Cette approche mêle topographie, histoire, urbanisme et sociologie, bien que Marion se défende d’appartenir à l’une ou l’autre des ces nomenclatures. Elle se voit comme une artisane, une créatrice d’objets éphémères qu’elle fabrique ou qu’elle détourne. Il y a là une volonté d’être au plus près de l’humain. Ses interventions dans l’espace public invitent les gens à réfléchir sur leur cadre de vie, sur les aménagements urbains qu’on leur soumet, sans leur demander leur avis dans la majorité des cas. Les gestes artistiques posés constituent autant de ponctuations de l’espace. Ils prennent la forme de céramiques, de sculptures, de structures ou d’une simple ligne tracée à la peinture sur le sol. Ce sont des formes en lien avec la ville, des propositions plastiques avec différents niveaux de lecture : résurgences d’anciennes constructions disparues, constructions miniatures d’aménagements souhaités par les habitants du coin ou simplement clins d’œil coloré à une ville qui serait moins grise, moins terne. Marion cherche à offrir aux regards des choses douces, interpellantes. Qu’elle développe lentement. Pour un résultat ludique, parfois semblable à un vrai jeu de piste, que tout un chacun peut s’approprier et interpréter à sa manière. La démarche prend aussi une dimension politique, au sens où Marion, par choix, investit des espaces précaires, peu engageants, rarement aménagés pour les gens, les minorités. Ajouter une touche de poésie dans des espaces tristes pour créer la réflexion. Perturber le cours du quotidien avec de petits détails. Jouer la carte de la délicatesse dans des lieux délaissés et sinistrés … pour les ré-enchanter. L’art comme trait d’union social ?
http://marionfabien.com/files/gimgs/th-128_sys-79_nopict__v3.jpg